If-grotte, if-igloo, ou plus prosaïquement cabinet de verdure… c’est selon. Au bout de l’allée
centrale, cet arbre savamment taillé en forme de dôme est le fleuron du Jardin des ifs,
un superbe jardin topiaire à la française datant du XVIIe siècle. L’if-grotte est en fait
constitué de six arbres différents, qui au fil du temps, des marcottages et du travail de plusieurs
générations d’hommes, se sont mêlés et confondus au point de former aujourd’hui
un entrelacs unique de branches. On peut y entrer à une dizaine de personnes. Delphine, la
propriétaire, aime à souligner son rôle d’arbre protecteur : avec sa forme arrondie, il constitue
un abri contre le vent, la tempête et la pluie, le soleil, la foudre… Une cabane pour les enfants,
une grotte magique, un refuge ou encore une cachette pour les amoureux. Elle en est certaine :
pour un couple, l’if, symbole d’immortalité, est le lieu idéal pour se prêter serment. L’if topiaire
aurait-il l’extraordinaire pouvoir de tailler et de façonner les sentiments ?
Aux alentours
Le village de Gerberoy est classé parmi les plus beaux villages de France. Bâti sur une butte calcaire,
il abrite de nombreuses et belles maisons à colombages et trois monuments historiques.
Outre le Jardin des ifs, il abrite les Jardins Henri-le-Sidaner, classés « Jardin remarquable ».
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Certains arbres font partie de la famille. C’est le cas de ce chêne qui a vu passer les
générations et grandir les enfants, et qui est le témoin silencieux de l’histoire familiale.
Un confident végétal, jamais lassé de recueillir les joies et les bonheurs, mais aussi
quelques larmes, parfois, un compagnon toujours disponible, la nuit comme le jour,
quelle que soit la saison, quelle que soit l’humeur. Il en sait sans doute sur chacun
plus que quiconque. Les repas de famille de l’été sont pris à son pied, sous sa voûte bienveillante
et rafraîchissante, à l’abri de son tronc courbé, qui lui vaut le surnom de « Kenzo », en référence
au design du flacon de parfum du même nom. Plusieurs congénères parsèment le quartier, sensiblement
du même âge, vestiges d’une forêt aujourd’hui disparue. Le béton a grignoté l’espace,
des maisons et des routes sont sorties de terre. La vie s’écoule dans la frénésie de mouvement et
le brouhaha des hommes. Heureusement, certains savent encore écouter le silence de ces arbres
séculaires, véritables garants de la mémoire.
Aux alentours
Les Pénitents des Mées sont une formation géologique très particulière : il s’agit d’une masse
rocheuse très découpée, à côté du village, qui évoque un groupe de moines coiffés de capuches
pointues. Elle résulte de l’érosion d’une falaise de poudingue, une roche sédimentaire.
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Même s’il présente des dimensions tout à fait remarquables pour son espèce, le
sophora du Japon pleureur du cimetière de Bollwiller est, de prime abord, d’apparence
modeste. Il s’agit pourtant d’un témoin exceptionnel d’un passé révolu. Il
ombrage la tombe de la famille Baumann, depuis 1856, année de sa plantation. Les
Baumann furent une dynastie de pépiniéristes de réputation mondiale, fondée
au milieu du XVIIIe siècle ici, à Bollwiller. Les pépinières Baumann créèrent des centaines de
cultivars et d’hybrides, tout particulièrement dans les arbres fruitiers et les arbres ornementaux.
Au milieu du XIXe siècle, leur catalogue ne comptait pas moins de 17 000 plantes ! Le cultivar
« pendula » du Sophora du Japon, aujourd’hui répandu dans toute l’Europe, a été créé au cours
du XIXe siècle par les pépinières Baumann. Le sophora pleureur du cimetière de Bollwiller veille
donc littéralement sur son créateur, Augustin Baumann, patron emblématique de la pépinière
familiale. Par une surprenante alchimie, au fil des ans, la croix de pierre et le tronc de bois
finissent par se ressembler et ne former qu’un.
Aux alentours
Le Hohneck, troisième sommet du massif des Vosges, avec 1363 mètres d’altitude,
abrite une flore et une faune subalpines remarquables et procure l’une des plus
belles vues du massif. Le versant oriental est très abrupt et rocheux, il n’est pas rare
d’y apercevoir des chamois.
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Sculpté par le ciel, le vent et la dent des troupeaux, il a toute l’élégance discrète
et la beauté du chêne de bocage. Le profil rassurant de l’arbre de la campagne,
dans toute sa simplicité et son authenticité. En été, quand le soleil est fort,
il apporte de l’ombre et de la fraîcheur aux petits veaux qui accompagnent
leurs mères à robe rousse au pâturage, et les abrite des pluies diluviennes quand le soleil
s’absente. Ce sont les vaches limousines des Davy, une famille d’agriculteurs qui, comme
des générations de fermiers avant eux, façonne le paysage de cette campagne angevine.
Roger, l’ancien propriétaire de la ferme, assis dans la cuisine, avait un jour longuement
fixé l’arbre du regard au travers de la fenêtre : « Qu’est-ce qu’il est beau ! » Lui qui n’avait
jamais été avare de ses conseils et de son temps pour aider le jeune couple Davy, jeunes
agriculteurs fraîchement installés dans sa ferme vendue, s’en était allé une semaine plus
tard. Depuis ce jour, le chêne est devenu pour la famille le symbole évident de la passation.
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Le ginkgo du parc Lamugnière est comme tous les autres arbres du parc : un survivant.
En effet, laissé à l’abandon pendant plus de quarante ans, ce n’est qu’au
prix de plusieurs mois d’efforts de remise en état, que le parc, nouvellement
acquis par la commune d’Arc-lès-Gray, a pu retrouver ses lustres d’antan, avec
sa serre chaude, sa serre froide, son orangerie, ses bassins et ses arbres : ginkgo donc, mais
aussi hêtre pleureur, cèdre de l’Atlas, sapin d’Andalousie, acajou de Chine, tilleul… Le ginkgo,
que l’on connaît aussi sous le nom d’« arbre aux quarante écus », appartient à la plus ancienne
famille d’arbre connue, apparue il y a presque 300 millions d’années.
Originaires de Chine, les premiers spécimens ont été rapportés en France à la fin du
XVIIIe siècle. Les plus vieux exemplaires français ont donc environ 200 ans, mais il existe
au Japon un arbre dont l’âge est de 1 250 ans. Le ginkgo du parc Lamugnière n’atteint pas ces
âges canoniques, mais qu’il garde espoir. On dit en effet que le ginkgo, qui n’a pas de prédateurs
naturels, ni de parasites ou de maladies, est immortel. Et l’on se souvient qu’il fut l’une
des rares espèces à avoir survécu à l’explosion de la bombe atomique en 1945 à Hiroshima.
Un survivant, on vous dit !
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En lisière de la forêt de Paimpont, la légendaire Brocéliande, se trouve l’un des
plus gros chênes de France, le chêne à Guillotin. Avec près de 10 mètres de
circonférence, il impose sa stature et son tronc massif au regard du visiteur
et la première rencontre est, il faut bien l’avouer, émouvante.
Les vieux arbres exaltent les imaginations et enfantent des légendes. Celui-ci, qu’on dit parfois
âgé de mille ans, n’échappe pas à la règle : il a été baptisé dans les années 1970 du nom
d’un prêtre réfractaire réfugié à Concoret pendant la Terreur ; il aurait dissimulé des objets
de culte dans son tronc creux, à travers une fente. Certains disent que le prêtre lui-même se
serait caché dans le tronc, pour échapper aux Républicains qui le traquaient. Mais une autre
histoire se rattache à notre arbre : le mage hérétique Éon de l’Étoile y aurait caché un trésor
constitué de deux barriques d’or provenant de ses pillages. L’ouverture du chêne aurait été
opérée à la fin du XIXe siècle par des chercheurs de trésor. Cet arbre, véritable star, voit tous les
jours des dizaines de personnes défiler à la belle saison. Aujourd'hui il a été libéré de son estrade et est tenu à l'écart de la foule. Les mystères sont faits pour perdurer…
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On arrive par un pont enjambant la Risle, une petite rivière qui se fait affluent
de la Seine et qui donne sur un parc verdoyant, vestige de l’ancien parc du
château de L’Aigle. La surprise est de se retrouver non pas face à un arbre,
mais face à deux arbres, deux platanes tricentenaires de forte stature, à
la ramure impressionnante et d’une indéniable qualité esthétique. L’arbre présenté au
concours est celui du fond du parc, un peu plus gros, avec 7 mètres de circonférence (contre
6,8 mètres pour son voisin). Il affiche une santé éblouissante. Peut-être même un peu trop
vigoureuse au goût des jardiniers rencontrés dans le parc, qui passent un peu de trop de
temps, selon eux, à éliminer tous les petits platanes qui poussent dans leurs potagers
directement attenants.
Ce platane est intégré à la vie culturelle de la ville, par le biais notamment « Des dimanches
après-midi sous les platanes » : des animations et des concerts sont organisés au pied du
colosse durant tout l’été. Avec le vent qui fait bouger doucement les branches en cette
belle journée ensoleillée de juillet, on dirait même qu’il danse : c’est sans doute un platane
mélomane.
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Le paysage est enchanteur. C’est un plateau fleuri de Haute-Provence, un
camaïeu de couleurs, le violet des sauges, le rose du sainfoin et le blanc des
marguerites, où se découpe la silhouette harmonieuse d’un hêtre fier, enveloppé
d’un ciel bleu moutonné de nuages. Le hêtre du Contadour fait face à
la montagne de Lure. Il a surtout fait face, jadis, aux saisons de production de charbon de
bois des bouscatiers piémontais, quand le plateau tenait une place prépondérante dans
la vie agropastorale des hommes de la région. Aujourd’hui, les troupeaux désertent peu
à peu les pâtures, les petites bergeries de pierres sèches parsemées sur le plateau sont
désormais vouées à la découverte touristique.
Le hêtre, lui, est toujours là, d’une beauté fascinante et sans apprêt, simple. Les cinéastes
ne s’y sont pas trompés, faisant des lieux un site de tournage autour de l’oeuvre de Jean
Giono : Crésus, de Jean Giono lui-même, en 1960, Le hussard sur le toit, de Jean-Paul
Rappeneau, en 1995, ou encore Les âmes fortes, de Raúl Ruiz en 2001. On comprend
facilement pourquoi.
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Dans la verdoyante vallée granitique du Chambon, où coule la Tardoire,
les premiers contreforts métamorphiques du Limousin, prémices du
Massif central, viennent embrasser les plats calcaires de la Charente.
Dès l’arrivée dans la vallée, un arbre majestueux attire irrésistiblement
le regard en dépassant de très haut le toit des bâtiments : c’est le platane du Chambon,
dont le reflet ondule paisiblement en surface de l’étang tout proche. Cet arbre est devenu
l’emblème du Centre de plein air du Chambon.
Ici, à quelques kilomètres de la Dordogne et de la Haute-Vienne, on accueille des groupes
organisés et plus particulièrement des enfants, pour l’initiation et la pratique de sports
de nature tels que le kayak, l’escalade ou encore la spéléologie. Environ 15 000 personnes
à l’année viennent ici : c’est dire si cet arbre voit passer du monde ! Il est le point de rendez-
vous pour le départ des groupes, un point de repère, celui que l’on cherche inconsciemment
du regard pour se situer, celui sous lequel on aime se retrouver tout au long
de la journée : il est le rassembleur.
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Nous sommes à Filitosa, un haut lieu de la préhistoire, là où des hommes ont
patiemment sculpté et érigé dès le néolithique des statues, des menhirs
et des torre (monuments circulaires). C’est le plus grand centre archéologique
de Corse, qui marque de manière évidente l’apogée de l’art statuaire
et du mégalithisme en Méditerranée. On s’interroge encore aujourd’hui sur la fonction
précise de ses statues, qui représentent souvent des guerriers en arme. Les plus hautes
atteignent ici les trois mètres.
En ce début de matinée, encore délicieusement frais, seul le gobemouche gris se fait
entendre. Le lieu invite au silence. Dans la partie supérieure du site, on remarque cinq
statues-menhirs inscrites dans un demi-cercle et semblant ceinturer un arbre, dont on
n’arrive pas à deviner le tronc à distance. On s’approche alors et on découvre que cet arbre,
un olivier, est enraciné là depuis bien longtemps, sans doute plus de mille ans. Entouré
par près de huit mille ans d’histoire de l’homme sur l’île de Beauté, il peut prétendre lui
aussi à être un formidable et séculaire monument.
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