Il est des arbres qui marquent des vies, qui jalonnent les existences. Joël Durand se souvient
parfaitement des heures passées à jouer avec ses copains au pied du chêne du Plessis
Landry, des innombrables allées et venues entre son village de la Richard et le bourg de
La Mothe-Achard à emprunter le chemin qui passe au pied du grand arbre. L’arbre était
le repère, le point de rendez-vous, tout le monde le connaissait et l’appelait « l’arbre » sans
autre développement. Joël aime les arbres et celui-ci, qui l’accompagne depuis son enfance, il le
trouve beau, tout simplement. Il aime l’idée qu’il fasse le lien entre les générations : alors que nous
terminons la séance de prise de vues, une jeune fille rentrant du lycée emprunte le chemin, que
tant d’autres ont parcouru avant elle. Il aime aussi penser l’arbre comme un bien commun, et
pas seulement celui de son propriétaire actuel (qui voit d’ailleurs cette candidature d’un très bon
oeil). Une vie d’arbre est faite de plusieurs vies d’hommes, et celui-ci, plusieurs fois centenaire, ne
saurait mentir. Notre homme, lui, partage la vie de nombreux arbres : on apprend par son épouse
Valérie qu’il se fait offrir un arbre comme unique cadeau pour chacun de ses anniversaires.
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C’est à l’occasion d’une randonnée que Françoise Dassonneville et sa fille Anaïs
découvrent ce gros tilleul. Intriguées par une petite plaque de pierre sur laquelle
est gravé un laconique « Tilleul du Joncquoy planté au XVe siècle », et séduites par
le vieil arbre, elles cherchent alors à en savoir plus. Elles se lancent dans d’actives
recherches, au point de devenir, m’avouent-elles dans un grand éclat de rire, de
véritables spécialistes des tilleuls. Elles apprennent que le tilleul du Joncquoy est un survivant.
En effet, une carte de 1706 indique qu’il y avait là trois autres tilleuls, aujourd’hui disparus.
En 1650, le village d’Aubers est pillé et livré aux flammes. En 1721, l’arbre aurait été foudroyé
et fendu en deux. Durant la Première Guerre mondiale, le village est rasé par les obus, mais
l’arbre, un peu à l’écart des habitations, est miraculeusement épargné. Enfin, en 1999, il résiste
à la fameuse tempête, probablement en raison de sa petite taille et de son tronc trapu. De quoi
susciter le respect ! Il mérite bien de figurer sur le logo de l’office de tourisme de Weppes, cette
petite région de la Flandre française située à proximité de Lille.
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Thibault de Lisle se souvient très bien de la première fois qu’il a vu ces deux arbres
accolés, tronc à tronc, au beau milieu de la forêt. C’était il y a presque quarantecinq
ans, ils ne mesuraient alors que quelques mètres de haut. Depuis, il n’a jamais
manqué de venir et revenir voir ces amants sylvestres, si bien qu’au fil des années,
ces arbres, situés à quelques encablures de la maison, sont devenus l’objectif central
des balades familiales. Le couple pourrait paraître saugrenu : l’un feuillu, l’autre résineux, l’un
chêne, l’autre sapin pectiné, l’un roi historique de nos forêts, l’autre symbole de leur exploitation.
Malgré leurs différences, ils ont mêlé leurs racines, rapproché leurs troncs, qui s’effleurent plus
qu’ils ne se touchent, et confondu leurs cimes. Aujourd’hui on pourrait presque croire qu’ils
ne forment plus qu’un seul arbre qui monte droit vers la lumière d’une croissance rapide, mais
sereine, se donnant mutuellement de la force et de la volonté. La définition même d’un couple.
Alors on se presse au pied de ces arbres pour ressentir au mieux cette énergie amoureuse : l’an
passé, dans la famille, on y a même célébré un mariage. Tandis que nous approchons des arbres,
le jour de la prise de vues, c’est le déluge : les amoureux blottis l’un contre l’autre ne semblent
pas vraiment avoir envie qu’on vienne troubler, pour un temps, leur douce intimité. On ne peut
qu’admirer la puissance des sentiments.
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C’est un grand hêtre majestueux, au tronc court et épais, dont émergent des racines
puissantes qui agrippent le sol et quelques rochers. Il est solidement ancré dans une
pâture du petit village de Chavagnac connue sous le nom de « Lou Deime », la dîme.
C’est à l’ombre de ce grand arbre que les paysans venaient jadis s’acquitter de leurs
redevances (la dîme était un impôt sur les récoltes) auprès du seigneur du château,
situé tout près. Le château date du XVe siècle et a été construit sur les ruines d’un édifice détruit
pendant la guerre de Cent Ans. On pourrait presque croire que notre arbre porte les traces de
ces réunions fiscales : c’est comme si les énormes racines ménageaient des places où l’on peut
s’asseoir confortablement, à plusieurs. Josette Alliot, qui a gardé ici autrefois les troupeaux, les
deux Michel et le chien Paco, membres de l’association Chavagnac Avenir, qui a proposé cette
candidature, s’y installent tout naturellement le temps d’une image. Josette nous confie son
souhait de faire perdurer ce rôle de rassembleur, elle voudrait que cet arbre continue à rassembler
et fédérer les habitants. Elle nous glisse que ce géant se situe exactement à mi-distance entre le
pôle Nord et l’équateur. On se dit que cette femme est chanceuse, qu’elle a trouvé son axis mundi.
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Il s’agit d’une petite vallée tranquille qui se trouve aux portes de la ville de Brest : la vallée
du Restic. La ville, comme bon nombre de cités de notre pays, se sent à l’étroit et tend à
pousser ses murs pour accueillir toujours plus d’habitants et de véhicules. C’est ainsi
que cette petite vallée tranquille se retrouve, il y a une dizaine d’années, au coeur d’un
projet routier qui prévoit le contournement nord de l’agglomération. Un collectif pour la
sauvegarde de la vallée est aussitôt créé, et c’est le début d’une longue bataille juridique. Ayant
entendu parler de ce collectif qui se bat pour le maintien de la biodiversité ordinaire et qui
plante notamment chaque année un arbre dans la vallée, Caroline de Loor se rend sur place
et tombe alors, au fond d’une parcelle, sur un beau chêne. Il n’est pas très haut, mais il est très
tortueux et son gros tronc noueux porte des « visages ». Il n’en fallait pas plus pour qu’elle lui
attribue ce joli nom de « chêne aux mille visages ». Elle qui aime photographier les arbres, et tout
particulièrement ceux qui lui content des histoires, est véritablement conquise.
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Au sortir du confinement, en ce printemps particulier de 2020, de belles journées
ensoleillées illuminent le parc du lycée agricole Pierre-Paul-Riquet de Castelnaudary.
Sylvie Fauroux et ses élèves décident alors de faire les cours dehors, au pied d’un
grand chêne pubescent aux larges branches sinueuses, non loin de la carrière à
chevaux. L’arbre, lui, n’avait pas bougé, toujours aussi majestueux. C’est comme
s’il attendait la présence des hommes, la venue des enfants, témoigne Sylvie. En foulant l’herbe
tendre et la rosée matinale pour s’installer sous cet abri naturel, les élèves se sont reconnectés
à l’environnement qui était le leur avant l’apparition du virus et ont repris leur vie. Les élèves
ont été invités à inventer leur propre légende du chêne pubescent. Le point commun de ces
histoires : le vieux chêne apparaît comme le protecteur des êtres vivants du lycée – chevaux,
brebis, écureuils, grenouilles, canards, insectes, fleurs et humains. Il est le gardien du temple,
en quelque sorte. Il faut dire que le grand chêne a vu passer un grand nombre d’élèves et qu’il est
le témoin et le gardien de nombreux secrets depuis plus de deux cents ans. Combien de baisers
échangés en catimini par les adolescents a-t-il abrités ? Au moins un, avance la professeure, qui
confie avoir rencontré son mari ici même il y a presque trente ans…
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Au sortir du confinement, en ce printemps particulier de 2020, de belles journées
ensoleillées illuminent le parc du lycée agricole Pierre-Paul-Riquet de Castelnaudary.
Sylvie Fauroux et ses élèves décident alors de faire les cours dehors, au pied d’un
grand chêne pubescent aux larges branches sinueuses, non loin de la carrière à
chevaux. L’arbre, lui, n’avait pas bougé, toujours aussi majestueux. C’est comme
s’il attendait la présence des hommes, la venue des enfants, témoigne Sylvie. En foulant l’herbe
tendre et la rosée matinale pour s’installer sous cet abri naturel, les élèves se sont reconnectés
à l’environnement qui était le leur avant l’apparition du virus et ont repris leur vie. Les élèves
ont été invités à inventer leur propre légende du chêne pubescent. Le point commun de ces
histoires : le vieux chêne apparaît comme le protecteur des êtres vivants du lycée – chevaux,
brebis, écureuils, grenouilles, canards, insectes, fleurs et humains. Il est le gardien du temple,
en quelque sorte. Il faut dire que le grand chêne a vu passer un grand nombre d’élèves et qu’il est
le témoin et le gardien de nombreux secrets depuis plus de deux cents ans. Combien de baisers
échangés en catimini par les adolescents a-t-il abrités ? Au moins un, avance la professeure, qui
confie avoir rencontré son mari ici même il y a presque trente ans…
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Dans la forêt pentue d’Argiusta-Moriccio, dans le sud de l’île de Beauté vit un grand
chêne multicentenaire à une altitude de 1 000 mètres : il s’agit du chêne vert de
Matachjina (U Liccionu di Matachjina). Ses dimensions sont particulièrement
imposantes. Il porte une cavité dans laquelle un homme peut se tenir debout. Dans
la deuxième moitié du XIXe siècle, Matachjina, de son vrai nom Marie-Madeleine
Caitucoli, une jeune veuve, aimait passer ses journées dans la nature (son surnom viendrait de
machja, qui veut dire « maquis »). Elle possédait quelques cochons en montagne sur la commune.
Quand une truie devait mettre bas, sans doute par commodité et par manque de moyens, elle
l’enfermait dans ce majestueux chêne. Elle murait l’entrée avec des pierres afin que la truie ne
puisse pas sortir et pour qu’elle soit protégée des prédateurs. Après la mise bas, la truie pouvait
sortir pour s’alimenter et boire en passant au-dessus d’une racine située sur le côté du chêne, qui
était assez grosse et haute pour empêcher les porcelets de s’en aller. Au bout d’une quinzaine de
jours, le muret était défait afin de libérer les porcelets, dès lors assez grands pour s’alimenter
seuls. Cette histoire a ainsi donné son nom à l’arbre : U Liccionu di Matachjina (« grand chêne
vert de Matachjina »). Beaucoup plus récemment, dans les années 1980, le chêne a été utilisé de
la même manière, à la seule différence qu’il n’y avait pas de construction de muret, mais un petit
enclos en grillage. Le destin de cet arbre est véritablement insolite !
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À première vue, on pourrait n’y voir que du feu, et pourtant il ne s’agit pas d’un seul arbre, mais bien de deux arbres qui sont ici intimement mêlés : les troncs, les feuillages sont mélangés, à tel point qu’on ne voit plus d’où viennent les branches de l’un et celles de l’autre. Le flamboyant était sans doute là, au centre d’un petit square tranquille, et une graine d’arbre de l’intendance, apportée vraisemblablement par un oiseau (ils sont nombreux ici, bulbuls, cardinaux, zostérops, moineaux…), a germé juste à côté pour devenir un bel arbre. Plusieurs fois, cet arbre intrus a été coupé, mais il a toujours repoussé, à chaque
fois plus vigoureux. Marie-Claude Douyere, qui porte cette candidature, se rappelle que plus jeune, il y a une trentaine d’années, elle travaillait tout près du square et il lui fallait tous les jours trouver une place pour sa voiture. En tournant autour, elle avait alors tout le loisir d’observer ce couple rebelle. À cette époque, les deux sujets unis étaient déjà vigoureux et solidement arrimés l’un à l’autre. Au bout d’un certain temps, la municipalité de Saint-Denis a projeté de régler la croissance anarchique de ces arbres en les coupant tous les deux : il y a eu un tollé général !
Dans cette belle île de la Réunion, où les mariages et les unions entre les différentes origines, les différentes religions, les différentes classes sociales sont la norme, l’existence de ce « couple » d’arbres était un écho, une image vivante de ce quotidien métissé. Devant la protestation, les arbres ont été épargnés. La vie professionnelle de Marie-Claude l’a conduite à travailler dans d’autres lieux, mais elle reste très attachée à ce square.
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C’est un grand chêne au port harmonieux, avec un tronc large et robuste et un houppier
volumineux. Il trône au milieu d’une vaste prairie, et l’on doit avouer que la mise en
scène est des plus réussies, avec les montagnes calcaires du massif des Bauges en
toile de fond, le ciel immense et bleu et le vert étincelant de l’herbe et des feuillages.
Le chêne du bout du lac est l’arbre emblématique de la réserve naturelle éponyme.
Sa mise en valeur ne doit rien au hasard, et on nous assure, non sans une certaine fierté, qu’il
fait l’objet d’une « gestion paysagère particulière ». Le vocabulaire technique est toujours un
peu austère, il faut l’avouer, mais l’on comprendra plus aisément qu’ici, on est aux petits soins
pour lui. Car malgré sa prestance et son volume déjà imposant, notre chêne n’est encore qu’un
arbre en devenir. Et avec une circonférence qui dépasse déjà les quatre mètres en un peu plus
de deux siècles d’existence, nul doute que notre arbre profite pleinement de toute l’attention
qu’on lui donne. Protégé et même choyé, il est assurément promis à un bel avenir.
Aux alentours
La réserve naturelle du Bout-du-Lac est un espace humide traversé par deux cours d’eau, l’Eau
morte et l’Ire, qui alimentent le lac d’Annecy. Cette zone marécageuse, située au sud du lac,
constitue un milieu de vie d’une grande richesse, habité par des espèces emblématiques comme
le castor d’Europe, réintroduit ici dans les années 1970.
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